Y a pas le feu au Lab : Spec Ops The Line

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Y a pas le feu au Lab : Spec Ops The Line

Message par Flowa le Lun 23 Avr - 11:57

Nouvelle rubrique au sein du Lab qui vous propose de revenir sur des jeux marquants des générations précédentes qui ont marqués nos laborantins. C’est Flowa, docteur ès nostalgie, qui ouvre le bal avec Spec Ops The Line, sorti sur Xbox 360 et Playstation 3 en juin 2012. Attention les vélos, c’est parti !

Garanti sans spoil.

Voyage au bout de l'enfer. Le vrai. Celui qui s'éloigne du monde merveilleux de Nathan Drake et consorts dans lequel empiler des cadavres est un loisir comme un autre que l'on pratique entre deux blagues potaches. Pas de héros valeureux qui sauve le monde dans Spec Ops The Line, la barbarie des conflits armés n'est pas nuancée ni enjolivée. Ici la mort pue, colle à la peau et laisse des cicatrices que le temps ne pourra pas refermer. Bienvenu en enfer !

La grosse force de ce titre est l'éloignement agréable, pour ne pas dire salvateur, qu'il a avec les clichés que véhicule le genre. Ici pas de méchant pas beau dénué d'âme qui justifie un génocide chez les troupes ennemies au nom d'une liberté blanche comme neige. Tuer laisse des traces et prendre des décisions également. Pas de manichéisme candide non plus et une planète qui se venge violemment des hérésies que l’Homme érige en villes décadentes. Et dans notre scène, la cible de Maman nature, c’est Dubaï. Les pétrodollars ont été soufflés par les tempêtes de sable dévastatrices et les centres commerciaux et autres pistes de ski en plein désert ne sont plus que ruines délaissées.

Au milieu du cœur déchiré de cette citée navrante, nous incarnons le Capitaine Walker, envoyé en terre plus hostile qu’il n’y paraît au départ avec un expert en furtivité, le lieutenant Adams et le snipouze de circonstance en la personne du Sergent Lugo, aussi précis qu’il est polyglotte. La mission : retrouver le Colonel John Konrad et son 33e régiment d’infanterie qui, à part un mystérieux message, n’ont pas donné signe de vie depuis l’ordre d’évacuation refusé quelques mois auparavant. La mission de reconnaissance prend malheureusement vite des allures de monstrueux foutoir à grande échelle : les cadavres qui pullulent, les échanges de bastos fratricides entre soldats américains et une présence énigmatique de la CIA. Et plus vous vous enfoncez à la recherche de réponses, plus les images horribles s’entassent, preuves d’actes terribles subies par la population et les soldats supposés la faire quitter les lieux.

Et vous, au milieu de ce désert sanglant, devez prendre des décisions. Des choix qui vous marquent. Physiquement et mentalement. Poussant l’immersion et l’impact émotionnel que vous vivez à un degré supérieur à la majorité des licences de l’époque. Des choix que remettront d’ailleurs en cause vos compagnons d’infortune durant ce long chemin de croix. Cette sensation de chute vers l’enfer dont vous êtes un acteur manette en main est terriblement accrocheuse et l’envie de connaître les raisons de ce gigantesque merdier vous pousseront à continuer votre marche en avant entouré de cadavres mutilés.

Vous l’aurez compris, scénaristiquement ça vous prend à la gorge et ça continue de vous serrer jusqu’au dénouement final qui enfoncera le clou dans votre mémoire pour un bout de temps ! J’ai rarement eu cette sensation en terminant un jeu. Je suis resté de longues minutes à fixer l’écran sans réelle réaction si ce n’est le décrochement de ma mâchoire. Et les jours passants, ça reste en tête, on se questionne sur la condition de ces soldats, sur les choix moraux ou immoraux que nous avons fait au milieu de ces charniers.

Le jeu en lui-même fait plutôt dans le classique, voir même carrément. Yager propose un TPS dans les standards avec système de couverture qui marche bien dans l’ensemble et un armement que ne renierait pas l’ami soldat au bandeau rouge. Les ennemis quant à eux compensent leur manque d’intelligence par leur nombre et leur force de frappe. Lugo et Adams, nos deux compères, peuvent également être dirigés via des ordres basiques mais bienvenus dans le feu de l’action ou quand les munitions commenceront à manquer. Car par soucis de crédibilité, ne vous attendez pas à avoir les fouilles qui font pleuvoir des cartouches. Vous passerez souvent d’une arme à l’autre en ramassant régulièrement une fusil d'assaut encore rougi du sang de votre défunt adversaire.

Si nous avons une bonne tambouille niveau ambiance grâce à une direction artistique qui force le respect avec cette cité jadis flamboyante défigurée par le sable et le sang des victimes, c’est plus compliqué techniquement. Le jeu se situait déjà en deçà du jeu moyen de l’époque, la faute à quelques textures assez pauvres et un aliasing plutôt prononcé. Nous avons par contre droit à quelques effets de lumière très réussis qui viennent régulièrement flatter nos globes oculaires.

L’aventure est certes linéaire et les espaces restreints un peu trop répétitifs, mais cela n’empêche nullement de prendre la mesure du voyage que Yager nous offre. Mais pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut lâcher prise et s’imprégner totalement de cet enfer. Profiter des scènes d’échange entre notre personnage et ses frères d’armes. Se questionner sur cette situation, sur les choix qu’elle impose même si leur impact est limité sur le déroulement de ce cauchemar. Si malgré son échec commercial, ce jeu est culte pour masse de joueurs, c’est qu’il déclenche des émotions, des réactions qui sont finalement assez rares dans le jeux vidéo et qui font du bien. Le jeu a beau avoir un certain âge, il est sorti en 2012, son propos sur les horreurs de la guerre ne subira pas les ravages du temps et trouvera malheureusement toujours un écho dans notre monde grotesque. Spec Ops The Line rejoint dans mon ADN culturel, des œuvres marquantes comme Platoon, Apocalypse Now ou Voyage au bout de l’enfer et il continue de me perturber, de me trotter dans la tête dès que je lis son nom quelque part. Sa récente retro-compatibilité m’a fait cet effet et a donné naissance à ces quelques lignes que vous tenez entre les mains.

Spec Ops The Line n’est pas à mettre entre toutes les mains, il faut une certaine maturité (toute proportion gardée) ou un certain vécu pour apprécier ce qu’il a à offrir. Il doit, à mon avis, être consommé pour son scénario, son ambiance et les questions qu’il soulève. Je vous recommande vivement de vous lancer à corps perdu dans cette histoire dure, sanglante qui je l’espère, vous bousculera, vous touchera vous fera revenir sur notre forum pour partager votre ressenti.
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